Notre entrevue avec Vincent Vallières

Notre entrevue avec Vincent Vallières

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11h30, jeudi 27 mars. J’arrive à l’hôtel où Vincent Vallières, son band et leurs techniciens ont établi leurs quartiers pendant leur passage à Val-d’Or. En me dirigeant vers cette entrevue que je m’apprêtais à réaliser, je repensais aux distances franchies, au chemin parcouru depuis la première fois où j’ai rencontré ce sympathique bonhomme. J’étais toujours animateur à CKVM au Témiscamingue à l’époque. Depuis, il n’est jamais passé plus de deux ans sans qu’on se recroise. Loin de moi l’idée d’en beurrer épais et de trop vanter l’artiste, mais le gars est naturellement et authentiquement de commerce agréable. Malgré que sa carrière ait été en progression constante depuis le début des années 2000, qu’il ait gagné des milliers de fans à travers le Québec, qu’il ait vogué de succès en succès, Vincent Vallières est toujours demeuré le même gars sympathique. Je ne prétendrai pas que c’est comme retrouver un vieux chum, mais, je peux dire que c’est avec un plaisir toujours renouvelé que j’aborde un moment passé à jaser avec Vallières, que ce soit après un spectacle ou comme c’était le cas en fin d’avant-midi jeudi, pour une entrevue…

Vincent, ç’a été une grosse explosion point de vue succès et reconnaissance depuis les 4 dernières années pour toi. Est-ce que tu perçois ça comme un aboutissement ou comme une suite logique à la progression de ta carrière?

Je ne le sais pas trop… Moi, je refuse de voir le succès comme une forme d’aboutissement. Le succès, c’est quelque chose de volatil : ça vient, ça va.  Donc, pour moi, l’important c’est de présenter les meilleures chansons possibles et les meilleurs disques possibles. Au fil du temps, parce que nos vies changent, le propos change. Les disques sont demeurés pour moi des espèces de portraits de qui je suis à une certaine époque de ma vie. Cela dit, je suis très, très content. J’éprouve beaucoup de gratitude d’avoir vécu ce que j’ai vécu avec « Le monde tourne fort », avec « On va s’aimer encore », ça m’a permis de vivre d’autres choses, d’autres opportunités. J’étais rendu à un moment dans mon cheminement où j’étais rendu à une bonne place pour que ça arrive, tsé, au début de ma trentaine. Je ne suis pas dupe de ça non plus : après ça, la vie continue, on continue à faire des chansons, et le parcours se poursuit.

En Abitibi, on ne peut éviter de parler des mines et justement, sur ton dernier album, deux chansons parlent du monde minier : « Asbestos«  et « Fermont« . Qu’est-ce qui a fait en sorte que ces deux chansons apparaissent sur cet album en particulier?

« Asbestos », ça faisait longtemps que j’avais envie de l’écrire, que j’aspirais à l’écrire et que je n’y parvenais pas. Je me rappelle qu’au milieu de ma vingtaine, je gossais sur cette chanson-là. J’ai fais beaucoup de recherches, je l’ai laissé de côté plusieurs mois, des fois des années. Mais, j’y revenais. Il y a une difficulté dans ce type de chanson-là : il y a l’Histoire et il y a l’histoire dans l’Histoire, l’histoire des personnages dans leur perspective historique et le combat de société. Je ne suis pas un professeur d’Histoire quand j’écris une chanson. J’avais envie de focusser beaucoup sur l’histoire d’amour de mes grands-parents.

Pour ce qui est de « Fermont », je suis allé chanter deux fois à Fermont dans les dernières années. La chanson est née quand j’ai rencontré les travailleurs « fly in / fly out », qui me parlaient après un show de leur vie. C’est une de mes chansons préférées. Je suis très content d’avoir commencé à réussir à écrire des choses qui ne partent pas exclusivement de moi.

Avec « Fermont », on peut sentir un lien direct avec « La Manic » de Georges Dor et la comparaison est revenue à quelques reprises depuis la sortie de l’album. Comment accueilles-tu cette comparaison?

C’est vrai que par rapport à « La Manic », il y a une très grande parenté entre les deux chansons. C’est un peu le même portrait qui est dressé dans les deux chansons, mais à deux époques différentes. Ce qui est mis de l’avant, c’est ces hommes et ces femmes-là qui partent travailler et qui s’ennuient de leurs proches. Cet angle-là, dans nos vies, on le vit tous à un moment ou un autre, pour une raison ou pour une autre, donc, on peut connecter avec ces personnages-là.

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Si on revient au spectacle, est-ce que je me trompe ou tu es de plus en plus à l’aise avec ton jeu de guitare et tu te permets un petit peu plus de flamboyance par moments?

Oui, c’est vrai, je me suis peu souvent risqué à ça, mais là, j’ai envie de le faire et avec André Papanicolaou, mon guitariste, j’ai travaillé beaucoup sur mon son dans les dernières années. Un moment donné, il faut que tu te lances, ça fait que, c’est une des facettes avec lesquelles j’ai envie de travailler dans les prochaines années. Je me suis surtout exprimé depuis mes débuts au travers du propos de mes chansons, là, c’est plus de m’exprimer au travers de mon instrument de musique. Clairement, c’est les premiers balbutiements de ça et j’ai beaucoup de plaisir à le faire.

Le spectacle que tu présentes en tournée est vraiment axé principalement sur tes deux derniers albums, on y retrouve très peu de chansons datant d’avant l’album « Le monde tourne fort ». Quelle en est la raison?

En fait, le choix est vraiment difficile, déchirant. Il y a des chansons de « Chacun dans son espace » que je chanterais encore soir après soir, la même affaire avec « Le repère tranquille ». Je suis moins attaché à des chansons des deux premiers disques, qui ont été plus des disques d’apprentissage. En même temps, j’ai envie de présenter les nouvelles chansons, des chansons du « Monde tourne fort » et « Fabriquer l’aube », qui sont des univers qui sont plus en proximité avec qui je suis aujourd’hui.  Donc, on en est là, en salle, présentement. Assurément que lorsqu’on va faire les shows d’été, ce ne sera plus le même « pacing« .  On a fait la même chose avec la tournée du « Monde tourne fort », on mettait les chansons de cet album-là plus de l’avant et il y en a plusieurs qui sont devenues plus connues, qui 4-5 ans plus tard, sont un peu installées. Si tu ne mets pas tes nouvelles chansons de l’avant, il y a plus de chances qu’elles tombent dans l’oubli. Mais, ce n’est pas facile.

Comment en es-tu venu à ouvrir la porte au patrimoine de Vallières, en racontant dans un monologue l’histoire des débuts avec Michel-Olivier Gasse et Simon Blouin?

Cette anecdote-là est venue parce que, quand j’ai écrit la chanson « Lily », qui parle de ma plus grande fille, je me suis dit « La vie a changé. Si on m’avait pris à écrire une chanson sur ma fille, sur un enfant il y a 20 ans, il n’y a rien qui me tapait plus sur les nerfs que ça. Le monde qui faisait des chansons sur leurs enfants, pour moi, c’était complètement cliché. La même affaire avec les chansons d’amour. » Donc, pour moi, c’était une belle façon de présenter cette chanson-là en revenant dans le temps et d’expliquer en même temps d’où je viens et d’où on vient, tsé, d’où les gars de mon band viennent. C’est en même temps une façon de les présenter. On a tous, je pense, quand on se lance dans notre vie d’adulte à 15, 16, 17, 18 ans, une idée assez précise, des fois oui, des fois non, de ce qu’on veut être, de ce qu’on veut faire. Pis, des fois, pour une raison ou pour une autre, la vie nous oblige à bifurquer vers d’autre chose et on devient qui on est au travers de ces expériences de vie-là. C’était ma façon de présenter ce bloc de chansons-là, qui sont plus personnelles, qui commence avec Lily, et que je n’aurais jamais pensé écrire quand j’avais 19 ans.

Justement, des groupes, ça se forme et ça explose. Qu’est-ce qui explique la durabilité de la complicité qui existe encore entre vous trois après toutes ces années?

Je ne sais pas trop en fait… Beaucoup de respect mutuel et au fil des années, on s’est trouvé une façon de voyager, de se parler, de voyager ensemble. On est passés au travers de la fin de notre adolescence à l’âge adulte, on a cheminé ensemble. Ces gars-là on commencé à jouer avec moi pour à peu près rien. On faisait des tournées dans l’Est du Québec, on partait avec les moyens du bord. Ils étaient là à ces moments-là et y sont devenus des musiciens très prisés. Je ne sais pas ce qui nous garde, mais j’entreverrais très mal de partir en tournée sans eux autres. Je ne dis pas que ça n’arrivera pas, pour un projet ou pour un autre, mais on passe tellement de temps sur la route, tellement de temps loin de nos familles, de nos proches, ces gars-là sont devenus un peu mes frères au fil des années.

Qu’est-ce que Vincent Vallières attend avec impatience quand il vient en Abitibi-Témiscamingue?

J’ai très hâte! Tu vois demain, on s’en va à Ville-Marie. Moi, c’est un des lieux que je préfère au Québec, pour sa beauté, mais aussi pour la communauté qui est là. Il y a plusieurs gens qui sont devenus des amis au fil de nos différents passages. De voir une communauté comme ça, soudée, qui vit dans un lieu à la limite idyllique, avec le lac Témiscamingue et tout ça, pour moi c’est la chance de retrouver à la fois et le territoire et les gens qui l’habitent. La même chose, tu finis par arriver à Rouyn au Cabaret de la dernière chance après un show et on se dit qu’on est un peu à la maison. J’ai appris au fil des années à me sentir à la maison un peu partout où je passe. On n’a pas la chance de vivre ça quand on fait de la tournée autour de Montréal, où là, tout le monde retourne chez lui après le show. Quand on part 4-5 jours comme là, on vit littéralement ensemble : on déjeune, on dîne, on soupe ensemble, et y’a une multitude d’aventures qui se passent à travers de tout ça. C’est à ça que j’aspirais quand j’avais 14-15 ans. Oui, il y avait peut-être une partie de moi qui aspirait à être connu, mais surtout partir, aller rencontrer des gens et vivre des expériences humaines.

Collaboration spéciale : Philippe Doherty

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